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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 22:06

Je fus longtemps à ignorer que l'on disait "de façon que", insérant dans cette locution conjonctive le même "à ce" inutile que l'on retrouve dans "de manière à ce que", "je m'attends à ce que"...

 

Mais, il y a quelques années, je découvris cette forme, nouvelle pour moi, étrange d'abord par son aspect peu familier, comme le sont d'autres fautes de langage que je peux faire, de cœur avec la majorité des locuteurs du français. 

 

Je m'en emparais, me mis à la pratiquer, ou plutôt la rangeai soigneusement dans la liste des solécismes à éviter. Car, je l'avoue, je l'emploie assez peu. Mais je me flattai de la connaitre. 

 

Je dois préciser que je fus, pendant longtemps, un ayatollah de l'expression. J'avais fait de Ce français qu'on malmène (de Berthier et Colignon) mon livre saint. Le dictionnaire des difficultés de la langue française (Larousse) s'écornait furieusement, tant je l'utilisais. Et le rayon des divers utilitaires (je ne parle pas des Kangoo) occupe bien 2,40 m de mes étagères.

 

Je fus sauvé de cet intégrisme par Henri Frei. Sa Grammaire des fautes (1929) m'a démontré qu'on ne lutte pas contre les évolutions du langage. Certes, je serai l'un des derniers à prononcer, par pure affectation, "œsophage" ou "Œdipe" avec le son [é], comme le voudrait la règle. Je m'applique encore à faire sentir le "h" aspiré des haricots et du handicap. Mais je n'ose pas, très lâchement, dire "aiguiser" comme on prononce "aiguille". 

 

De même, je fais comme tout le monde : je remplis mon verre, je rajoute une précision, je me rapproche de la table... Il y a moins d'un siècle, on aurait dit : j'emplis mon verre, j'ajoute une précision, je m'approche de la table...

 

On voit donc bien que si l'écriture se simplifie dans les textos, elle s'alourdit dans l'oral (puis dans l'écrit, à nouveau).

Certes, la redondance est nécessaire dans les contextes de "bruit". Ainsi, "Je sors dehors" n'est pas véritablement un pléonasme. On sent intuitivement qu'il faut marquer la rupture avec le "dedans" où l'on est. Et puis, bon, il y a tellement de façon de sortir : je sors ce soir ; je sors le chien ; je saurais bien y faire...

 

Mais, à l'écrit, faites un effort : chassez le superflu, l'inutile. Soyez simple, soyez direct.

Soyez-le, de façon que vous sentiez de nouveau une fraicheur, une fragrance revigorante dans votre expression.

 

Et ne faites pas comme moi : faites court.

 

 

 

Lien, pour tout savoir sur "de façon que / de manière que" :

http://www.etudes-litteraires.com/forum/topic1970-de-maniere-que-ou-de-maniere-a-ce-que.html

 

Henri Frei, La grammaire des fautes, ennoïa, 2007 (réédition de l'ouvrage paru en 1029)

 

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  • Étienne Magnin
  • Agro Montpellier, Iface. 61 ans. Formateur-consultant. Les mots, le sens, la transmission. Lyon. Expression écrite et formation.
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